Villes en état de siège, tentative d’enlèvement d’Atchadam, … Le dialogue et l’apaisement dans l’évangile selon Faure Gnassingbé

 

Dialogue, voilà la voie chantée par tous comme solution de sortie de crise, devant la montée de la répression et  l’enlisement de la situation. Le pouvoir a enfin formellement annoncé son ouverture il y a une semaine, en conseil des ministres le 6 novembre dernier. Mais, visiblement, ce fameux dialogue est mort avant même d’être né. Les actes posés après l’annonce et les dispositions d’esprit de Faure Gnassingbé sont à des années-lumière de professer l’apaisement chanté.

Charges gauches de Bawara contre l’opposition

Il fait partie des porte-voix de Faure Gnassingbé et du pouvoir, et il s’est encore produit hier sur les ondes de RFI. Depuis l’annonce lundi dernier en conseil des ministres de l’ouverture imminente du dialogue, rien n’est formellement fait une semaine après. Faure Gnassingbé ou le pouvoir à qui en revient la prérogative, n’a pas encore lancé formellement ces discussions attendues. A qui la faute ? Gilbert Bawara croit le savoir, et c’est la coalition de l’opposition. Le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme administrative l’accuse donc de faire trainer les choses en posant des préalables.

« Le gouvernement a pris l’initiative de promouvoir et d’assurer ce dialogue, encore qu’il revient maintenant à chacune des parties prenantes, aux différents protagonistes de travailler avec le gouvernement. Dès l’annonce de ce dialogue, les choses étaient déjà en marche. Mais il y a un certain nombre de comportements, de propos qui pourraient être assimilés à des préalables (…) Aujourd’hui, si les choses trainent, c’est parce qu’il n’y a pas suffisamment d’échos témoignant de la même disponibilité et du même engagement du côté d’une certaine frange de l’opposition», a dégainé le ministre. Pour lui, ces préalables posés ne relèvent que de la « politique politicienne ». Cela prête bien à sourire pour qui connait le vrai responsable de cette situation. Et il n’est pas à chercher loin.

Faure tue le dialogue avant de le lancer

« Assurer la préservation et le respect effectif de la liberté de manifestation et réaffirmer sa détermination à promouvoir le retour au calme ainsi qu’un climat d’apaisement et de sérénité indispensable pour la recherche de solutions crédibles et durables à la question des réformes politiques », telle est la motivation des mesures annoncées par le conseil des ministres le 6 novembre dernier. Le bon sens voudrait que le pouvoir s’inscrive dans cette dynamique et pose des actes d’apaisement. Mais hélas.

L’opinion a été ahurie d’entendre le discours de Faure Gnassingbé devant les Forces armées togolaises (FAT) en visite au camp Témédja le vendredi 10 novembre dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a appelé tacitement les corps habillés à venger leurs frères tués à Sokodé en marge du soulèvement de la population suite à l’enlèvement de l’imam Hassan Molah, conseiller du leader du Parti national panafricain (PNP) Tikpi Atchadam. En prenant l’engagement formel de trouver les auteurs de leur assassinat qu’il semble déjà identifier en parlant d’un groupe d’individus organisés et préparés, une accusation indirecte vers qui on sait, et ignorant les nombreuses victimes civiles faites par sa soldatesque, Faure Gnassingbé a choisi son camp, celui des hommes en arme. Bien plus, il pousse l’armée à prendre en ennemi les populations civiles.

Comme par hasard, dans la foulée, une horde de militaires lourdement armés a été envoyée nuitamment le samedi 11 novembre, soit au lendemain de sa sortie guerrière, au domicile du leader du PNP pour le…Ce n’est là qu’une exécution d’un plan secret mijoté par le pouvoir sur les leaders principaux de la coalition de l’opposition afin de décapiter la contestation et reprendre la main… Pendant ce temps, faut-il le rappeler, Sokodé, Bafilo sont assiégés par l’armée et interdites  de manifestations.

Curieuse façon de prôner le dialogue et l’apaisement. Faure Gnassingbé tue simplement ce dialogue avant de le lancer formellement.

 

 

A quoi servira ce prétendu dialogue ?

La question doit hérisser des cheveux sur des têtes. Mais elle n’est que trop légitime lorsqu’on considère les dispositions d’esprit de Faure Gnassingbé. L’homme ne semble aucunement prêt à accéder aux revendications légitimes du peuple, si l’on en croit les indiscrétions et tient compte de certains de ses actes. Retour de la Constitution de 1992, vote de la diaspora, réformes électorales, libération des détenus dans le cadre de la contestation…voilà en substances les exigences du peuple qui manifeste dans les rues  depuis bientôt trois (03) mois. Malgré le nombre de morts fait par la répression, une bonne vingtaine dont des enfants, celui qui a juré sur la Constitution de défendre le peuple et a prétendument placé ce mandat de trop sous le sceau du social, laisse sa soldatesque tuer les pauvres populations aux mains nues. Un simple discours de Faure Gnassingbé suffirait pour mettre fin à cette coulée d’adrénaline, à ces morts inutiles, décrisper l’atmosphère et ramener la paix. Mais il n’en a cure.

Dans le cadre des tentatives de médiations initiées par des chefs d’Etat africains, notamment le Groupe des 5 dirigeants de la           CEDEAO mis en place par le Secrétaire Général de l’ONU, il nous revient que la formule simple qui lui a été proposée, c’est de faire un discours à la Nation dans lequel il annoncerait son retrait en 2020, au terme de ce 3e mandat débuté depuis avril 2015. Mais le Prince aurait réservé une fin de non recevoir à cette suggestion. Visiblement, Faure Gnassingbé ne compte pour rien au monde quitter le pouvoir, même en 2020, et envisage de refaire deux mandats de plus, comme son parti tente de lui tailler une réforme constitutionnelle sur mesure et lui en ouvrir les portes. A quoi servirait donc un dialogue s’il s’accroche tant au pouvoir ? Ce serait manifestement une simple perte de temps. Et si par extraordinaire il y a discussions et elles accouchaient d’un accord, l’autre problématique serait le respect des clauses, connaissant les réflexes du pouvoir à ignorer ses engagements pris. Ce dialogue viserait, au demeurant pour Faure Gnassingbé, à juste se donner bonne conscience et paraître bon aux yeux de la communauté internationale…

Le dialogue vu par un concitoyen

« Si l’ambition du régime était d’accéder à la revendication de l’opposition, il suffirait d’une simple allocution radiotélévisée annonçant officiellement, en prenant à témoin l’opinion nationale et internationale, son retrait de la vie politique nationale au terme de son mandat en cours. En agissant de la sorte, non seulement il ferait ipso facto baisser  la fièvre politique qui s’est emparée du pays, mais aussi épargnerait le pays d’une inutile crise politique et économique. Mais, en prenant l’option d’appeler les Togolais sous l’arbre à palabre, après avoir balayé du revers de la main toutes les propositions faites par l’opposition au projet de loi sur les réformes politiques en son temps, l’on peut douter de la bonne foi de Faure. Sans nul doute, cet appel au dialogue n’est rien d’autre qu’une ruse destinée à gagner du temps. Car, comme on le sait, le temps de ce dialogue peut être mis à profit pour travailler au corps les différents leaders de l’opposition. La pratique, bien connue sous nos tropiques, consiste à faire circuler des mallettes d’argent ou à faire miroiter quelques strapontins ministériels pour appâter et museler certains opposants. Par ailleurs, l’expérience des négociations politiques en Afrique a montré qu’elles peuvent traîner en longueur au point d’empiéter sur les délais constitutionnels, faisant ainsi le jeu des dictateurs dont le sport favori est de jouer les prolongations. Enfin, en prenant le pari du dialogue, Faure compte aussi, avec cette vieille astuce qui consiste à bourrer les foras de nombreuses organisations de la société civile et de partis politiques non représentatifs et acquis à sa cause, noyer le problème posé par l’opposition. On peut donc le dire sans risque de se tromper,  Faure joue au chat de la fable qui, pour appâter les souris, a feint le mort avant de se relever brusquement au cours de ses funérailles pour se livrer au massacre des imprudentes qui avaient cru à sa mort », analyse un compatriote.

Tino Kossi

 

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