Santé: Hôpital de référence, d’accord ; mais équipement des centres existants d’abord | GROUPE DE PRESSE LIBERTE

Santé: Hôpital de référence, d’accord ; mais équipement des centres existants d’abord

 

Il a suffi d’un sommet en Inde et de sa présence à cette rencontre pour que Faure Gnassingbé et son entourage rêvent d’avoir trouvé la solution aux maux qui minent le secteur de la santé au Togo : construire un hôpital de référence. Peu importe donc l’état actuel des centres de soins publics qui frise la « honte nationale ». Malheureusement, sans une reconnaissance de l’existant et des solutions de choc, sans des assises de la santé et la prise en considération des avis des praticiens du métier, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Un hôpital de référence ? Peut-être, mais pas sans avoir relevé les plateaux techniques des centres qui existent déjà –cette fois-ci, en prenant soin de prévenir les situations comme le cas du projet BIDC.

Est-ce le régime sous lequel le Togo est placé qui implique la posture va-t-en-guerre du chef de l’Etat qui ne prend pas la peine de consulter les élus du peuple avant tout projet devant pourtant engager l’avenir des finances du pays ? Ou bien une façon de se sortir de situations difficiles en jetant de la poudre aux yeux des administrés ? Dans un cas comme dans l’autre, l’annonce –inopportune- faite par la présidence de la République togolaise de faire construire un hôpital de référence sonne comme un manque de considération des praticiens hospitaliers du pays, et appelle à une réaction sans équivoque de la part de leur syndicat. Surtout en ces moments où les agents de santé sont vent debout contre l’autisme du gouvernement.

Du 9 au 12 mars 2018, s’est tenu en Inde le sommet de l’Alliance Solaire International (ASI), et entre autres « moissons raportées » par Faure Gnassingbé, figure un projet de construction d’un hôpital de référence au Togo. Sans consultation des représentants du peuple et sans que ce projet ne figure dans le budget, et surtout sans rien laisser échapper sur le coût et laquelle des parties deux parties endossera l’ardoise. « Le mémorandum que nous avons signé concerne le projet de construction d’un hôpital au Togo. Je suis très content de la rapidité avec laquelle le gouvernement togolais a réagi pour mettre le terrain à notre disposition… Nous allons tout faire de notre côté pour commencer la construction le plus tôt possible et nous comptons tout terminer pour qu’il soit opérationnel dans deux ans », a laissé entendre Siddharta Jain, présenté comme le Directeur Général de  Ping Pong Global, entreprise cooptée sans appel à concurrence.

Effet de mode ou projet découlant d’un diagnostic véritable ? Il y a peu de temps, le Ghana a inauguré un hôpital de référence méritant tous les superlatifs. Mais ce joyau n’avait pas pour vocation de parer aux carences des hôpitaux existants dans le pays. C’était plutôt pour faire avancer le Ghana et lui faire franchir une étape supplémentaire dans sa quête du mieux. Le Niger a aussi inauguré une infrastructure dans le même registre. Le Benin de Patrice Talon s’est aussi lancé le défi. Mais serait-ce pour « faire comme ses voisins » que Faure Gnassingbé, profitant d’un sommet à l’extérieur du Togo, voudrait aussi « prendre le train des hôpitaux de référence » ? Le Togo n’en possède-t-il pas déjà qui ne demandent qu’une meilleure attention pour un service optimal ?

Les CHU de Lomé et Kara abandonnés

Le projet d’un hôpital de référence semble acter l’abandon de l’urgence de la rénovation des centres hospitaliers universitaires de Lomé et de Kara et partant, des autres centres de régions et de préfectures du pays. Et pourtant, il suffit que les infrastructures et les plateaux techniques desdits centres soient revus pour leur redonner le lustre d’antan. De ce fait, il devient clair que si matériels de pointe il devrait y avoir, ce serait dans le nouveau centre de référence. Ainsi, les populations togolaises devront « prendre leurs maux en patience » jusqu’à la construction et l’inauguration du nouvel hôpital –dont on peut déjà deviner la dénomination au penchant du parti du chef de l’Etat- avant de bénéficier de plateaux techniques de renom. Et pour sa fréquentation, les plus de 7 millions de  Togolais seront tous référencés vers ce seul centre en dernier recours.

Eu égard à l’état de pauvreté du citoyen lambda qui, faute de moyens, a du mal à être référé vers les centres de réference existants, l’accessibilité des coûts de prestations lui permettra-t-elle aussi de bénéficier du droit à la vie en cas d’urgence ?

Et pourtant, le contribuable togolais avait participé à l’effort de guerre

Lorsqu’on se rappelle que le contribuable togolais avait été sollicité sans l’avis de ses représentants pour se voir imposer des rénovations « de pacotille » sans contrôle dans 13 des 15 centres, on ne peut qu’être indignés, surtout après les dénonciations des médias sur la corruption ayant entouré la gestion du projet Santé-BIDC d’un montant de 10,5 milliards.

31 juillet 2007, un accord de prêt entre l’Etat togolais et la Banque d’investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC) a permis la participation à 4,76% pour le premier et 95,24% pour la seconde du montant total prêté, c’est-à-dire REMBOURSABLE donc. Et dans un jeu de népotisme coiffé par la corruption, sur fond de dilapidation des deniers publics, le Colonel Badjona Songné avait donné l’impression d’avoir fait ce qu’il faut. Le journal Santé-Education avait ainsi écrit : « …En effet, avant le projet santé-BIDC, l’état de nos formations sanitaires n’était pas enviable.  Le plateau technique des hôpitaux publics était très pauvre et incapable de satisfaire les grands besoins des malades. Dans les CHU et dans les CHR, les équipements étaient vétustes et en état de délabrement avancé. Pour faute de matériels, les cliniques privées de Lomé, avaient plus de renom et de visibilité que les trois CHU du pays.  Aucune de nos régions ne disposait de matériel lourd et sophistiqué ». Et au sujet des infrastructures, les services « rénovés » étaient dans le désordre : « D’un montant de  960 959 646 FCFA, les réhabilitations des infrastructures existantes ont été totales et ont concerné plusieurs services dans la plupart des cas. On peut noter entre autres bénéficiaires : les services de radiologie, nouveau bloc chirurgical, pavillon militaire, réa-chirurgicale et de la réa-gynécologique au CHU de Lomé-Tokoin pour plus de 300 millions de FCFA. La réhabilitation des services de cardiologie, radiologie, endoscopie, réa-pédiatrique, neurologie et du local scanner pour le CHU de Lomé-Campus. Au CHP Aného, il y a eu également la réhabilitation du bloc opératoire, des salles d’hospitalisation et du système des fluides médicaux. Aussi des villes comme Dapaong, Mango, Bassar, Kara, Sokodé, Blitta, Atakpamé, Kpalimé, Niamtougou, ont vu rénovés de fond en comble pour les uns, leur services de médecine, de pédiatrie, réa-chirurgicale et pour les autres le bloc opératoire, la radiologie, la maternité gynécologie ».

L’acquisition d’équipements biomédicaux était la caverne d’Ali Baba où tous les matériels de pointe étaient apparemment acheminés. « Le projet a pris en compte non seulement les équipements de toutes les spécialités au niveau des services techniques, mais aussi du matériel et des équipements logistiques dont les structures avaient cruellement besoin. Il faut noter que le projet santé-BIDC a permis aux structures sanitaires publiques de rattraper leur retard par rapport aux structures sanitaires privées dans tous les domaines de prestation. Désormais, il est possible de réaliser dans les hôpitaux publics la Choélio- chirurgie, les examens de scanner, un nombre important d’examens d’explorations fonctionnelles, des examens de laboratoire grâce à l’acquisition des équipements. Il s’agit essentiellement des équipements d’imagerie médicale  dont trois Scanners  de corps entier de 16 barrettes au CHU-Tokoin, CHU-Campus et CHU-Kara pour plus de 2 milliards de FCFA; des équipements de Laboratoire et d’exploration fonctionnelle,  de bloc opératoire, d’anesthésie, de réanimation et de fluides fédicaux, des équipements de maternité et de stérilisation. Ces investissements biomedicaux s’élèvent à plus de 8 milliards de FCFA », peut-on encore lire sur le site du journal.

Mais à quoi Faure Gnassingbé, sa suite, tous les invités et le peuple togolais avaient-ils été confrontés lors de l’inauguration ? Les équipements acquis étaient des « occasions peinturées » (du vieux retapé comme si c’était du neuf) longtemps tombés en obsolescence. Au point que l’inauguration du scanner nouvellement acquis avait été reportée ; on attend toujours une autre date.

Un plan d’actions d’urgence du CHU-SO resté lettre morte

Après la débâcle du projet Santé-BIDC du sieur Songné, un plan d’action d’urgence couvrant la période mai à décembre 2013 du CHU Sylvanus Olympio (CHU-SO) avait été produit en avril 2013. Un moyen pour les praticiens d’affirmer que la bataille était loin d’être perdue, pour peu que les premiers responsables veuillent prendre en compte les vues des premiers utilisateurs dudit centre.

« Le CHU-SO traverse actuellement une situation de crise caractérisée par le manque ou l’insuffisance de consommables et de matériels de travail dans les services, les pannes à répétition du matériel existant eu égard à sa vétusté. Cette situation est liée à l’insuffisance des moyens financiers pour l’achat de consommables nécessaires et le renouvellement du matériel », ont reconnu les auteurs du plan d’action. Dans l’optique de trouver des solutions à ces situations, un plan d’urgence qui couvre 8 mois a été élaboré afin de mobiliser les moyens financiers nécessaires pour permettre à l’hôpital de poursuivre normalement ses activités sur une base participative. A en croire le plan d’action, celui-ci « émane de la nouvelle vision du centre et prend en compte les principales priorités des services de laboratoires, d’imagerie médicale, de chirurgie, de pharmacie, de morgue et des sevices des urgences. Il prend en compte également les orientations sous-régionales et internationales en matière de santé, notamment les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) dans le domaine de la santé et principalement dans la prestation des soins de santé ».

Tout plan d’urgence étant fils du nerf de la guerre, il était prévu que l’Etat participe à hauteur de 88,5% et les recouvrements des coûts, à hauteur de 11,5% afin de rassembler le total des 3,960.654.503 milliards FCFA nécessaires au plan d’urgence.

Concomitemment, un plaidoyer explicatif a détaillé les raisons de la participation de l’Etat togolais, chiffres à l’appui : reversement progressif de tous les agents émargeant sur le budget autonome du CHU-SO sur le budget général ; l’augmentation de la subvention d’exploitation  eu égard au gap qui s’élève à 617.820.946 FCFa en 2012 ; l’augmentation de la subvention pour indigents eu égard au gap qui s’élève à 125.950.596 FCFA en 2012 ; l’augmentation de la subvention d’hémodialyse du fait de l’augmentation du gap à 136.219.462 FCFA en 2012 ; la subvention pour actes césariennes, car le gap s’était élevé à 66.000.000 FCFA en 2012 ; la prise en compte de la dette de la CNSS et de la CEET dans la dette intérieure de l’Etat, soit 1.739.160.857 FCFA ; la subvention pour la réa-polyvalente qui était de 900.000.000 FCFA ; la subvention pour la neurochirurgie estimée à 200.000.000 FCFA ; l’ouverture de la réa-chirurgicale pour un montant de 26 millions de FCFA ; la fixation d’un tarif préférentiel pour les frais d’électricité et de téléphone, soit un total de 3,811 milliards FCFA.

Dans sa conclusion, le plan d’urgence a précisé constituer un projet d’appoint du CHU-SO pour les 8 prochains mois, car cohérent par rapport aux OMD, aux nouvelles priorités nationales et à la Nouvelle Politique Nationale de la Santé de 2011. En plus, il constituait une avancée majeure dans la façon d’aborder le développement du centre. Mieux, « les stratégies de coûts efficaces retenues dans le document ont fait l’objet d’un large consensus qui a été facilité par l’approche participative et inclusive ayant guidé toutes les phases d’élaboration dudit plan ». In fine, la mise en oeuvre des recommandations formulées dans ce plan devra contribuer à l’amélioration de la gestion du CHU-SO, car le plan d’urgence « est un exercice qui a tenu compte des normes d’organisation administrative d’un structure publique de santé. D’après tout le déroulement du tableau financier du CHU-SO, tous les acteurs sont interpellés, chacun à son niveau, pour apporter un redressement sensible de la situation. Les constats, forces, faiblesses et recommandations émis dans le présent plan ont eu pour toile de fond les apports de divers techniciens ».

Bientôt 5 ans que ce plan d’urgence aura été élaboré. Et qu’ont fait les dirigeants ? On a entendu parler des assises ou états généraux de la santé, lesquelles assises, après plusieurs reports, ont été classées sans suite. Les mouvements actuels des praticiens auraient peut-être trouvé solution au travers de ces rencontres. Et, comme un cheval lancé dans une locomotive, le gouvernement croit anticiper ou enfariner les praticiens par la trouvaille d’un hôpital de référence. D’où viendra le personnel qui travaillera dans ce centre, le secteur étant déjà en sous effectif ? Un hôpital de référence d’accord, mais la réhabilitation des centres existants d’abord ! Autrement, les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Abbé Faria            

 

 

 

 

 

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