Kenya: Et de deux …pour Uhuru Kenyatta !

Sans surprise, la réélection d’Uhuru Kenyatta a été confirmée lundi par la Cour suprême. Certes, certains analystes s’attendaient à une réplique du scenario du 26 octobre 2017. Mais, c’était méconnaitre le nouvel environnement et le climat de terreur savamment créés par le président sortant au Kenya pour s’assurer une victoire certaine. Au pouvoir depuis 2013, Uhuru Kenyatta devra donc faire un second mandat si cher à lui. Sa victoire, c’est visiblement le sacre de la démocratie du plus fort. Comme c’est le cas dans plusieurs poches de résistance à la démocratie sur le continent. Togo, Congo Brazzaville, RDC, Gabon, etc.

A l’épreuve de la force brute, le droit recule, plie et rompt. Redoutant des mesures de représailles du camp présidentiel qui avait considéré l’annulation de sa victoire lors du 1er scrutin comme une déclaration de guerre, cette juridiction n’avait pu réunir le quorum nécessaire pour statuer sur un renvoi du second scrutin à une date ultérieure. C’était un signe précurseur de ce qui devait inéluctablement se produire. Il devenait clair que le scenario du 26 octobre ne pouvait se répéter et ce, malgré toute la bonne volonté et la détermination des hauts magistrats d’entrer dans l’histoire.

Ainsi donc le fort retentissement donné à la première décision de cette juridiction présidée par David Maraga se révèle un pétard mouillé, une symphonie inachevée. Cette décision, c’est également le sacre d’une victoire trop facile. Sans concurrent, Uhuru Kenyatta avait tout un boulevard tracé devant lui. C’est d’ailleurs un facteur qui délégitime le président réélu, surtout que le taux de participation censé être le réel enjeu de ce scrutin s’est finalement révélé le plus bas depuis l’entrée de ce pays dans son ère de démocratisation. Mais, pour celui qui est élu à sa propre succession, c’est une victoire quand même. Et c’est une bien drôle d’euphorie qui règne dans son camp.

Crédité d’un score à la soviétique, le voilà investi des pleins pouvoirs pour gouverner pendant cinq nouvelles années à la tête de l’économie la plus dynamique de l’Afrique de l’Est. Mais ce dénouement de crise n’est satisfaisant que pour Uhuru Kenyatta et ses sympathisants. Il n’a pas vidé le vieux contentieux entre le camp présidentiel et Raïla Odinga. Un contentieux dont le regain est quasi-inévitable, vu que l’opposant historique vient de jouer sa dernière carte électorale et qu’en 2018, il sera frappé par la limite d’âge. Le pire est à craindre dans ce pays et le risque d’un remake de 2007/2008 trotte dans les esprits.

Au final, les élections revêtent-elles encore un sens sur le continent africain ? Sans doute oui et non ! Car en la matière, l’Afrique évolue à deux vitesses. Une partie du continent trouve tout à fait banale la transmission du pouvoir par le jeu d’élections libres, transparentes et crédibles tandis que l’autre partie se complaît dans des arrangements et coups de force maquillés d’un visage électoral. Mais rien que pour l’exemplarité des bons élèves, il existe des raisons d’y croire. Sait-on jamais, par le jeu d’une contamination heureuse et positive, les bonnes pratiques électorales pourront s’imposer un jour comme l’absolu et inattaquable « modus vivendi ». Ainsi soit-il.

Meursault A.

 

 

 

Répondre

____________________

____________________


_____________________

______________________

                                                      

Galerie photo

Connexion | Designed by