Emmanuel Macron à Ouagadougou, symbole d’une rupture avec la Françafrique?

Ce  titre n’a pas vocation à évoquer le premier pied-à-terre d’Emmanuel Macron en terre africaine depuis son élection. Mais Ouagadougou où il est depuis hier reste la capitale où il a choisi de prononcer aujourd’hui son grand discours. Un discours très attendu ici et ailleurs. Nonobstant des déclarations de ses prédécesseurs sur la rupture de la Françafrique, la France est toujours omniprésente voire omnipotente sur le continent africain au travers de ses multinationales et toujours en réseau mafieux avec certains chefs d’Etat pas fans de démocratie. Aussi, délivrer un discours qui sera la photographie de sa politique africaine s’est-il quasiment imposé comme une tradition à laquelle les présidents français se font le plaisir de sacrifier.

Emmanuel Macron ne compte pas déroger à cette tradition. Mais le choix du pays (Burkina Faso) est déjà le signe d’une rupture. Nicolas Sarkozy et François Hollande s’étaient succédé à Dakar (Sénégal) pour ce faire. Dans l’histoire contemporaine des peuples africains, Ouagadougou, c’est l’incarnation du triomphe du peuple sur les dictateurs- ils ont en effet délogé Blaise Compaoré-, et sur leurs réseaux mafieux. Si le choix de cette capitale n’est pas péremptoirement le signe d’une caution affichée de Paris aux révolutions populaires visant à déstabiliser les régimes aux antipodes de la démocratie, tout au moins il véhicule un message d’une clarté évidente : Emmanuel Macron ne trouve pas infréquentables les régimes post-révolutionnaires. Ce qui est en soi, une bonne nouvelle pour les peuples africains animés de la hargne de se libérer du joug tutélaire des dictateurs, jeunes ou vieux. Dont acte, les Togolais maintiennent la pression sur le jeune dictateur Faure Gnassingbé.

Que retiendra-t-on de ce discours qui abordera à en croire le confrère Rfi, des thématiques comme la mobilité, le développement du secteur privé et l’éducation ? On assure que le président français s’adressera à la jeunesse africaine, laquelle n’a pas oublié le rôle de la France dans l’assassinat du Guide libyen Al Muammar Kadhafi,  la même qui voit dans la survivance du FCFA, des relents néocolonialistes.

Osons reconnaître tout de même que sur ce sujet, ce sont plutôt les chefs d’Etat africains, du moins dans leur majorité, qui continuent d’entretenir le flou. Après ses premiers propos polémiques imputant les problèmes de l’Afrique à un « défi civilisationnel », le jeune président réussira-t-il son opération rachat ? Sa priorité n’est pas tant cela. Mais il y a des faits qui le créditent plus ou moins auprès de la jeunesse africaine, notamment sa dénonciation comme crime contre l’humanité, l’esclavage moderne des migrants subsahariens pris dans l’enfer libyen y compris l’accueil d’une partie de ces migrants en territoire français.

Au-delà de tout, les attentes des jeunes Africains restent centrées sur la fin du soutien de la France aux dictatures et l’avènement des régimes démocratiques dans les dernières poches de résistance à la démocratie électorale. C’est une prise de position claire qu’ils attendent sur le sujet. Mais comme à l’accoutumée, sur ce point, la rupture, s’il y en a, risque d’être en demi-teinte.

Meursault A.

 

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