Dossier/Kossi Aboka et la Délégation spéciale du Golfe: Opacité, détournement, surfacturation, sociétés écrans, corruption …

 

. Comment le réseau Aboka et ses complices au sommet de l’Etat fonctionnent

 

Bien que disposant de beaucoup de moyens, le Président de la délégation spéciale (PDS) de la préfecture du Golfe, Kossi Agbenyega Aboka, ne fait rien pour assurer le développement de la préfecture. Ses « grands travaux » annoncés avec tambour et cymbale se résument à quelques poussières qu’il fait déverser sur les rues cabossées. Le pactole composé de taxes des marchés, des bars, de redevances des carrières d’exploitation du sable et de ristournes versées par les impôts, est souvent détourné soit pour ses propres affaires, soit pour graisser les pattes à ses parrains au sein de la minorité pilleuse.

Drôle de « grands travaux » et opacité

            Le jeudi 09 novembre 2017, les travaux de construction et de réhabilitation de la voie Zagnam-Dangbéssito dans le canton de Sanguéra ont été officiellement lancés par le préfet du Golfe, le Colonel Awaté Hodabalo, en présence du Président de la délégation spéciale (PDS) du Golfe, Kossi Agbenyega Aboka. C’est l’amour parfait entre les deux autorités de la préfecture du Golfe. Le Colonel-préfet ayant compris que « celui qui mange un peu, ne meurt pas », ne fait pas la misère à Aboka comme un certain Koffi Mélébou. La preuve, on a vu les deux hommes se cramponner à un engin de chantier lors de la cérémonie de lancement des travaux. « Les deux ont formé pratiquement un couple », raille un journaliste.

D’une longueur de 2 km, la piste Zagnam-Dangbéssito serait financée à hauteur de 15 millions de FCFA par la Délégation spéciale de la préfecture du Golfe à travers les cotisations communautaires, apprend-on. Une occasion pour celui qui est surnommé Président de la « destruction » spéciale, pour la promptitude avec laquelle il casse des maisons construites sur de supposées réserves administratives, d’offrir ses petites pitreries. « Le développement est une anticipation, une prévision. Nous aurons des métros et des trains routiers dans ce pays dans l’avenir et c’est pourquoi nous devons prévoir dès maintenant des voies sur lesquelles passeront ces trains routiers », a-t-il déclaré à la foule. Et ne nous demandez pas s’il a salué la politique du « Prince » et loué ses bienfaits. Comme tous les as de la mauvaise gouvernance, Aboka n’a d’yeux que pour Faure Gnassingbé, l’unique protecteur qui, sûrement, a pouffé de rire en suivant ces déclarations. Lui qui se la coule douce depuis que le Général Eyadema avait commis au début des années 2000 le péché d’installer des délégations spéciales au lieu de faire des élections locales, s’est bien moqué des populations de Sanguera en leur promettant des métros. Et en cette période de saison sèche, ces populations avaleront une bonne dose de poussière avant de voir un jour les fameux « métros et trains routiers ».

En fait, les milliards mobilisés et mis à la disposition de la Délégation spéciale du Golfe, ne servent pas à grand-chose. Chaque année, plus précisément entre novembre et décembre, c’est la même stratégie : des engins qui répandent quelques poussières sur certaines rues et qui disparaissent. « Plusieurs centaines de millions sont annuellement débloqués pour réaménager quelques voies de la préfecture. Mais, au finish, aucun travail notable n’est fait. L’argent est détourné et Aboka et ses hommes prennent soin de faire conduire sur quelques rues des engins qui raclent les trous laissés par les eaux de pluie. Parfois, on va chercher des latérites pour colmater certains endroits », expose une source digne de foi.

Un tour dans la préfecture ces derniers temps permet de se rendre compte de la supercherie. Certaines rues ont été dégagées et raclées, comme celle qui part de la nationale n°5 au niveau de la mosquée d’Adidogomé, traverse les rails pour déboucher sur le « Carrefour Y » à Avédji Limousine alors que d’autres sont envahies par des tas de latérite qui causent même des accidents de la circulation la nuit.

Selon les informations en notre possession, aucun appel d’offres n’est souvent lancé et ce sont des sociétés écrans et des engins qui appartiendraient au patron de la délégation spéciale, qui exécutent les différents travaux. Parmi ces sociétés écrans, il y a « Ville Propre » appartenant à un proche du sieur Aboka. Il lui est attribué chaque année un marché de plus de 100 millions de FCFA. En 2016 par exemple, le balayage de la voie bitumée Kagomé-Kpogan-Baguida a rapporté à cette société 8,7 millions par mois, soit 104,4 millions par an.

Une autre société a pour nom Global Millenium Construction. Une entreprise chargée de dégager les véhicules encombrant les voies et qui est au nom d’une dame, femme de ménage au domicile du président de la délégation spéciale. En 2016, des factures fictives de 106 256 640 FCFA ont été payées à cette entreprise.

La société Noven appartenant au petit frère d’une artiste de la chanson, compagne du président, reçoit et exécute aussi des marchés pour le compte de la délégation spéciale.

« Aboka a mis en place plusieurs stratagèmes pour se remplir les poches. Il y a une année, un comptable a mis la main sur un individu qui est venu pour être payé. Le gars était ivre mort. Quand il lui a été demandé quelle tâche il a effectivement exécutée avant de se faire payer, le monsieur n’a pas résisté à la pression et a craché le morceau. Il a indiqué qu’il était à la maison lorsqu’on l’avait appelé à passer chercher l’argent. Des créanciers fictifs qui sont au service du Président de la délégation spéciale », confie un ex-agent de la préfecture.

Il nous revient par ailleurs que pour l’enlèvement des ordures dans la préfecture du Golfe, il est prévu plus d’un milliard de francs CFA. Mais allez-y savoir comment ces ordures sont enlevées, quelles entreprises les enlèvent et ce qui en est de la décharge intermédiaire.

Non-respect de la loi, détournement et corruption

            Comme dit plus haut, la délégation spéciale du Golfe brasse des milliards qui proviennent des taxes et tickets des marchés, des bars, des redevances des carrières d’exploitation du sable, etc. Sans oublier les plus de 2 milliards que les impôts versent chaque année comme ristournes des obligations fiscales des sociétés exerçant dans la préfecture du Golfe. Certaines sources parlent d’un budget d’au moins 10 milliards pour le compte de cette année 2017. Et au nom de l’opacité, le budget n’est pas rendu public. Aboka en a fait un secret d’Etat. Pourtant, l’article 339 de la loi sur la décentralisation dispose : « Le budget voté est affiché au siège du conseil et est tenu à la disposition du public pour consultation. Tout citoyen peut en demander copie à ses frais ».

Difficile donc pour les cadres de la préfecture d’avoir copie des budgets. « Nous devons savoir que nos autorités préfectorales, en complicité avec leurs supérieurs, ne font pas bien leur travail. Pourquoi je dis cela ? Comment se fait-il que le budget de la préfecture du Golfe, c’est-à-dire l’argent que nous cotisons tous pour contribuer au développement de notre préfecture, soit établi en cachette et à l’insu des concernés ? En ma qualité de député, j’ai cherché en vain à avoir le budget et ils m’ont dit trois fois que celui-ci n’a pas encore été élaboré alors que la loi prévoyait qu’il soit affiché », s’était plaint le député Kossi Dra au cours d’un meeting de l’ANC à Agoè en 2014. Si in fine, il avait eu le budget de l’année 2014, ceux des années suivantes sont inaccessibles.

Dans le cadre de la rédaction de cet article, la lettre que nous avons envoyée au PDS Aboka pour avoir des copies des budgets, est aussi restée sans suite.

« La première remarque que j’ai faite en examinant le budget 2014, concerne les recettes, avait poursuivi le député Dra. Le budget prévoit qu’elles seront de 2.700.000.000 pour la préfecture du Golfe. Mais selon nos recherches et vu le grand nombre de la population du Golfe, ce montant devrait avoisiner 7 milliards, c’est-à-dire trois fois plus que le montant prévu dans le budget. Prenons cet exemple : selon le budget, la préfecture du Golfe compte 17 marchés qui produiraient 250.000.000F, mais c’est du mensonge. Si nous prenons le seul marché d’Agoè-Assiyéyé,  il compte 7 000 places assises sans compter tous ceux qui sont tout autour du marché et les vendeurs ambulants. Le marché s’anime tous les jours et si les occupants payent 100F par jour bien qu’ils payent plus, cela ferait 700.000 par jour, soit 255.000.000 par an pour ce seul marché. Mais le budget prévoit que tous les 17 marchés de la préfecture du Golfe produiraient 250 000 000. Vous-mêmes vous voyez la différence. C’est un vol organisé ».

La surfacturation demeurant le violon d’Ingres du PDS, 247 millions FCFA, soit 20.580.000 par mois étaient prévus dans le budget 2014 pour consommation d’électricité alors que la plupart des salles n’étaient pas climatisées. Il avait également prévu assurer 9 véhicules de la préfecture pour un montant de 5 millions par an ou construire un forage à 6 millions.

En fait, la loi fait obligation à la délégation spéciale de se faire contrôler aussi bien par le représentant du pouvoir central (le préfet) et les institutions étatiques (inspection d’Etat directement liée à la présidence) et l’inspection des finances (ministère de l’Economie et des Finances). « La corruption fait que rien de tout ça n’est respecté. Les institutions de contrôle sont corrompues jusqu’au cou. Conséquence, les populations qui contribuent nuit et jour, n’ont aucune idée des fonds mobilisés et de leur gestion », se désole cet ancien agent de la préfecture.

Ces fonds censés être utilisés pour le développement de la préfecture sont mal gérés par l’ancien enseignant au lycée et ses hommes liges. Bien que se muant constamment en le « paysan qui redoute des visites domiciliaires », ce paysan peint par Jean-Jacques Rousseau dans « Les Confessions » qui joue au pauvre pour ne pas être persécuté par les collecteurs d’impôts, le sieur Aboka est plein aux as. Plusieurs sources confient qu’il aurait beaucoup de biens immobiliers aussi bien au Togo qu’au Ghana. Il aurait même construit une maison luxueuse au bord d’un lac dans un village du Ghana dont nous taisons pour le moment le nom. Des faits qui sont connus du sommet de l’Etat suite à un rapport bien détaillé des services de renseignements.

Mais pourquoi rien n’est fait pour arrêter les dégâts ? D’abord, le président de la délégation spéciale du Golfe comme tous les autres pilleurs de la République, participe à l’effort de guerre, c’est-à-dire qu’il organise et finance les activités du RPT-UNIR. Il en est d’ailleurs un des cadres de la préfecture du Golfe et n’hésite pas parfois, en militant convaincu, à porter des chemises à l’effigie de l’UNIR et de son « président national fondateur » pour aller à la messe.

Le sieur Aboka peut ensuite compter sur ses soutiens, ceux qu’on appelle dans le sérail les « parrains », c’est-à-dire ces messieurs et dames qui font et défont les gens dans l’entourage du chef de l’Etat. Grassement rémunérés, ils constituent un grand handicap pour le développement du pays. Le Président de la délégation spéciale du Golfe sait donc les entretenir et une bonne partie de l’argent de la préfecture ne sert qu’à ça. Son premier parrain est un ministre-conseiller à la présidence de la République.            Et en guise de reconnaissance, Aboka lui aurait construit une ferme sur plusieurs dizaines d’hectares dans un village de la préfecture de l’Avé dont nous taisons volontiers le nom, tous frais payés et il n’avait qu’à remettre la clé à son parrain qui continue d’en jouir. De plus, le ministère de l’Administration territoriale et d’autres institutions de contrôle n’échappent pas à cette corruption active.

Dans ce marigot préfectoral où beaucoup sont gagnants, on comprend à présent pourquoi Aboka a réussi à remporter le bras de fer l’ayant opposé au très imprévisible Koffi Mélébou. « Aboka est un intouchable. Je savais que Mélébou n’irait pas jusqu’au bout et se ferait débarquer », rappelle un député. Aujourd’hui, le Colonel Awaté Hodabalo a compris que qui veut durer à son poste, ménage Aboka. Les deux sont donc copains comme cochons. Ils ne se quittent plus depuis que le président de la « destruction » spéciale est allé se mettre à genou pour demander pardon pour Dzanyi Yaovi Sédina, son fidèle dans les magouilles, éclaboussé par une affaire de vente de lots de terrain sur une réserve administrative. Désormais, les deux « mangent » ensemble et participent actuellement aux mêmes spectacles de la poussière. Affaire à suivre.

Géraud A.

 

 

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