Dialogue politique en vue: Enjeux, risques encourus, agenda caché du pouvoir…

 

Les Togolais sont dans l’attente du dialogue annoncé entre le pouvoir Faure Gnassingbé et l’opposition et dont les préliminaires ont eu lieu la semaine passée, avec les contacts effectués par la délégation ghanéenne entre les protagonistes. Ces discussions, autant les leaders de la coalition de l’opposition que le commun des Togolais y placent un grand espoir et veulent légitimement les voir servir de sortie de crise, au regard des dégâts collatéraux de la crise (morts enregistrés, exil des populations, conséquences sur les activités économiques…). Mais elles risquent d’être un rendez-vous raté de plus. Les indiscrétions évoquent un agenda caché de l’« homme simple » et des manœuvres pour gruger l’opposition et le peuple…

Espoirs légitimes et enjeux du dialogue

Si au départ les différents protagonistes s’étaient enfermés dans une logique de démonstration de force, aujourd’hui tous reconnaissent la nécessité ou plutôt l’urgence d’un dialogue. Aussi bien du côté du pouvoir RPT/UNIR que de la coalition de l’opposition, on est prêt à se parler pour trouver une solution à la crise. Ces discussions devraient débuter dès la semaine prochaine.

Au niveau du peuple assoiffé d’alternance au pouvoir, on place légitimement de grands espoirs en ce dialogue en perspective. Des discussions concluantes seraient, pour les populations togolaises, une juste récompense pour tous les sacrifices consentis depuis trois mois ou même 50 ans correspondant au règne de la monarchie Gnassingbé. Le souhait est que le pouvoir accède aux revendications légitimes du peuple, à savoir le retour à la Constitution de 1992, le vote de la diaspora, les réformes électorales…que le dialogue débouche sur un règlement consensuel de la situation.

Le grand enjeu de ces discussions annoncées, c’est de trouver une solution de sortie de crise. Une crise qui entraine des conséquences. Une bonne vingtaine de Togolais dont deux militaires ont déjà trouvé la mort, les blessés se comptent par centaines, les arrestations aussi. Les populations de Sokodé, Bafilo, Mango et autres ont quitté leurs localités pour fuir les exactions et la mort ; à certaines qui ont réussi à traverser les frontières, s’adjoignent d’autres qui se sont réfugiées dans la brousse. Les activités économiques tournent au ralenti et c’est un manque à gagner énorme pour le pays. Il est donc urgent qu’une solution soit trouvée afin que cette descente aux enfers cesse.

Au-delà du règlement d’une crise conjoncturelle, il s’agira de trouver une porte de sortie honorable (ou plutôt moins déshonorante) pour Faure Gnassingbé et la dictature cinquantenaire à la tête du Togo depuis 1967, tracer les sillons de l’alternance au pouvoir, faire prendre au Togo le train de la démocratie au sein de l’espace CEDEAO, le faire entrer dans le cercle des Nations normales… Il ne s’agirait point de modifier quelques textes constitutionnels (ou adopter une nouvelle loi fondamentale) pour remettre en selle le Prince qui truste déjà le pouvoir depuis 3 mandats et ne montre aucune envie de le quitter; l’enjeu est de restaurer la République Togolaise, en redonnant au peuple la Constitution qu’il s’est octroyée en 1992, et en sus accorder pour une fois le droit de vote aux Togolais de l’étranger.

Ce dialogue au finish devra tracer la voie à l’érection d’un système politique ouvert où le pouvoir détenu par le peuple est librement dévolu et contrôlé par des institutions crédibles et respectueuses de la loi.

Sincérité des acteurs, agenda et manœuvres cachés…

Bonne foi des protagonistes, voilà l’autre problématique sur ce rendez-vous qui se veut le dernier en termes de dialogue pour l’arrimage du Togo à la dynamique démocratique. Faut-il le rappeler, on en sera au 26e dialogue de l’histoire au Togo.  La question se pose aussi bien par rapport au pouvoir que par rapport à l’opposition.

Au niveau de l’opposition, toute la crainte est de savoir s’il n’aura pas de trahison des acteurs, peut-être pas tous, mais certains qui voudront privilégier les intérêts personnels. C’est cette appréhension qui justifie chez le confrère L’Alternative, dans sa parution N°658 du 17 novembre dernier, ce titre aux allures d’avertissement : « Dialogue politique : Malheur aux traitres ! ». Et elle est bien légitime lorsqu’on sait que les calculs politiciens ont souvent pris le pas sur l’intérêt général  chez les politiques. C’est un secret de Polichinelle que certains acteurs qui ont rallié la dynamique en mangeant leur totem, y sont à la recherche de positionnement politique. Sur cette crainte, la Coordinatrice de la Coalition de l’opposition s’est voulue rassurante. «La chose la plus importante que nous tenons à vous demander, c’est de continuer à nous faire confiance. Nous ne vous trahirons jamais », a déclaré Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson.

Concernant le pouvoir RPT/UNIR, la problématique se pose en ces termes : comment se fier à Faure Gnassingbé qui est resté depuis trois mois indifférent aux revendications légitimes et aux manifestations populaires avec leur lot de morts ? Peut-on faire confiance à un homme qui a refusé d’opérer les réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (APG) auxquelles il s’était pourtant librement engagé ? Par quel miracle Faure Gnassingbé qui est resté opaque aux revendications du peuple et a plutôt cherché à dresser les Forces armées togolaises (FAT) contre les populations, peut-il être subitement à son écoute et consentir à ses réclamations ? Ce dialogue annoncé, on n’en avait vraiment pas besoin. Il suffisait pour lui, qui se réclame « homme simple » à cor et à cri, de faire un discours et annoncer les concessions.

Au vu de l’état d’esprit et des actes de l’homme, il est bien légitime de redouter un agenda caché à travers ce dialogue. Et justement les indiscrétions avertissent sur des manœuvres cachées derrière ces discussions annoncées. Elles révèlent des enjeux connexes et un plan de démobilisation du peuple. « Le dialogue annoncé par Faure Gnassingbé, en complicité (sic) avec la France, Gilchrist Olympio et le président ghanéen, n’est qu’un bluff pour calmer le peuple togolais afin que le sommet UE-UA prévu en fin novembre (à Abidjan en Côte d’Ivoire, Ndlr) ne soit pas perturbé par la crise de Lomé. Faure ne quittera jamais le pouvoir par négociation, ni aujourd’hui, ni en 2020, encore moins en 2025. Le RPT est en train d’endormir nos leaders. Si par erreur nous le laissons, il ne cèdera le pouvoir que vers 2030… », alerte une source informée, et de prescrire : « Accentuons les manifestations et la communauté internationale va mettre une pression sur Faure de quitter le pouvoir. Sortons plus que jamais dans les jours qui vont venir munis de pancartes aux messages forts ».

Vigilance, vigilance, vigilance, telle devrait être la posture de la coalition de l’opposition et du peuple assoiffé d’alternance.

 

Tino Kossi

 

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