Crise politique et volonté de casser la contestation: Chronique des stratégies et manœuvres infructueuses de Faure Gnassingbé

 

Le samedi 2 décembre, les Togolais étaient encore très nombreux dans les rues. On était à la 17e journée de manifestations, et tous les superlatifs sont bons pour apprécier la mobilisation. Ce n’était pas gagné d’avance, tant Faure Gnassingbé a multiplié les stratégies et manœuvres des plus catholiques aux plus déloyales pour casser la contestation. Malheureusement pour lui,  le peuple est resté debout, et plus les jours passent, plus la mobilisation se renforce. Passage en revue de ces manœuvres infructueuses déployées.

Six cent mille (600 000), c’est l’estimation que fait la coalition de l’opposition du  nombre de manifestants dans les rues de Lomé samedi dernier. A la marée humaine drainée dans la capitale, devraient s’ajouter celles constatées dans les localités de l’intérieur du pays où la mobilisation gagne de  plus en plus du terrain. Bientôt quatre (04) mois de contestation, mais les populations restent plus que déterminées, loin de l’essoufflement sur lequel tablait le pouvoir. Tous les plans obscurs explorés par Faure Gnassingbé pour casser la dynamique sont tombés à l’eau les uns après les autres.

Diaboliser Tikpi Atchadam. L’homme n’était rien (sic) au départ ; mais loin de tous calculs ou considérations politiciens, il est aujourd’hui le catalyseur de la contestation actuelle. Le pouvoir Faure Gnassingbé avait vu très tôt le danger et tenté de salir son image au sein de l’opinion, en présentant sa formation politique, le Parti national panafricain (PNP) comme une organisation extrémiste, et l’homme lui-même comme un terroriste. Après avoir procédé par des articles versés dans la masse sur les réseaux sociaux, le régime a fini par se dévoiler et ses porte-voix ont pris le relais dans leurs sorties officielles en vilipendant Tikpi Atchadam.

Empêcher le mariage Atchadam-Fabre. C’était le second coup tenté, après que Tikpi Atchadam a émergé et surtout réussi son coup d’essai du 19 août 2017, avec des manifestations organisées à Lomé, dans cinq (05) autres villes de l’intérieur du pays et au sein de la diaspora, le pouvoir sachant bien qu’un rapprochement entre lui et Jean-Pierre Fabre, et de facto entre le PNP et l’ANC ferait mal. Il s’est employé à opposer les deux hommes ainsi que leurs formations respectives, en semant la zizanie dans leurs entourages respectifs, et l’égo des uns et des autres faisant, ces manœuvres ont retardé le rapprochement. Mais l’union redoutée par le pouvoir a fini par se sceller lorsqu’au plus fort de la répression des  manifestations du 19 août, Atchadam a fait un clin d’œil assez responsable au leader de l’opposition. Au-delà des deux hommes et de leurs partis respectifs, c’est toute l’opposition qui s’est réunie dans une coalition, ce qui dope le peuple togolais.

Défier l’opposition dans les rues. N’ayant pas pu empêcher l’union de l’opposition, Faure Gnassingbé a cru trouver comme alternative de défier dans les rues l’opposition qui a annoncé de grandes mobilisations. La stratégie consiste à bomber le torse et dire que le RPT alias UNIR a aussi des militants et ainsi, par la mobilisation, bluffer l’opinion internationale. C’est ce qui a motivé les manifestations du 29 août organisées par le pouvoir dans les rues de Lomé. Les marches étaient couplées de  meetings de sensibilisation improvisés par les associations ailes marchantes. Ses marcheurs étant pour la plupart des jeunes élèves désœuvrés recrutés à coup de 2000 ou 1000F, avec la rentrée des classes, impossible pour le régime de tenir encore des manifestations. La parade trouvée était d’interdire carrément les manifestations en semaine – confer sortie le 10 octobre du ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Payadowa Boukpessi. Mais le pouvoir a lâché du lest avec les pressions aussi bien nationales qu’internationales. L’autre plan obscur caché derrière la programmation de marches aux mêmes moments que la coalition de l’opposition, était de provoquer des affrontements entre les militants des deux bords. Mais la clairvoyance des leaders de l’opposition les a toujours poussés à reporter leurs manifestations et éviter de tomber dans ce piège.

Démobiliser par la répression et la terreur. Le régime a beaucoup misé sur cette stratégie. Et cette fois-ci, ce ne sont plus seulement les policiers et gendarmes qui étaient déployés, mais aussi et surtout les militaires et les milices. L’usage de gaz lacrymogène, de matraque, bref des moyens conventionnels de dispersion était battu en brèche. On utilise désormais des armes de guerre, tire à bout portant sur les manifestants aux mains nues. Les miliciens armés de machettes, de fusils automatiques, etc. étaient déployés (18 et 19 octobre) dans les rues à Lomé, violentaient les manifestants de l’opposition ou simples  citoyens, rentraient dans les maisons pour commettre des forfaits. Le bilan de la répression  depuis le début est illustratif : une vingtaine de morts dont des enfants, des centaines de blessés.  Pendant ce temps, l’armée fait le siège des villes de  l’intérieur, notamment Sokodé, Bafilo, Mango et soumet les populations à des exactions. Devant la terreur, les habitants sont obligés de traverser les  frontières ou d’aller s’abriter dans la brousse. Ils sont un millier de compatriotes à se réfugier dans les pays voisins.

Peindre le PNP comme armé et le neutraliser. Cette formation qui détiendrait des armes, ce serait un prétexte de taille pour mettre la  main sur ses responsables, notamment Tikpi Atchadam que le pouvoir rêve nuit et jour de neutraliser par tous les moyens et décapiter son parti ; un plan a été même concocté avec le concours des cadres Tem du pouvoir. Tantôt c’est Yark Damehame qui vient donner  l’impression, à la veille des manifestations, que les militants du PNP vont tirer et menacer de riposte. Tantôt, on vient les présenter comme ayant tué le petit Yacoubou Abdoulaye à Mango lors des manifestations du 20 septembre dernier. Tantôt encore ils auraient arraché des armes des mains des militaires tués à Sokodé dans la nuit du 16 au 17 octobre 2017. On ne s’en cachait plus, tous les discours des officiels décrivaient désormais le PNP comme une formation terroriste et armée. Une accusation fantaisiste à laquelle Tikpi Atchadam s’est employé à rétorquer, en laissant entendre que le « pouvoir veut nous (le PNP, Ndlr) armer, mais nous n’en voulons pas ».

Provoquer un conflit ethnico-religieux. Le 16 octobre 2017 à la tombée de la nuit, alors même que la coalition de l’opposition devrait se rendre le lendemain à Conakry pour rencontrer Alpha Condé mis à contribution par Faure Gnassingbé pour ramollir la position des opposants, le pouvoir a cru devoir procéder à l’arrestation de l’iman Mollah Hassane à Sokodé. Ce qui a provoqué la révolte des populations qui s’est soldée par la mort de deux militaires et des casses. En guise de représailles, des éléments sont allés mettre le feu au siège du PNP à Agoènyivé. Quelques jours plus tard, des jeunes instrumentalisés ont saccagé à Kara une mosquée dans le quartier de Tchitchinda en guise de vengeance de leurs frères militaires tués à Sokodé, sur fond de propos à relents tribalistes et religieux. Alors que la tension était à son  comble et il était requis du pouvoir de la faire baisser par des gestes d’apaisement, il fera procéder à l’arrestation d’un second imam à Bafilo, Alpha Abdoul Wahid. Personne n’est dupe, les intentions sont suffisamment claires, susciter la révolte des Tems et des musulmans avec toutes les conséquences qui peuvent en découler…

Dresser l’armée contre le peuple. L’armée et les milices du pouvoir ont déjà fait une vingtaine de morts. Mais Faure Gnassingbé qui laissait sa soldatesque massacrer les populations aux mains nues, n’était pas satisfait et s’est permis d’aller doper les militaires à Témédja le 10 novembre dernier. En relevant devant ces hommes que leurs frères ont été décapités par un groupe de gens organisé, et promettant retrouver les auteurs et les punir, laissant de côté la quinzaine de victimes civiles de sa soldatesque parmi lesquelles des enfants, les intentions étaient claires de sa part. Le Chef suprême des armées a simplement voulu inciter les militaires à se venger sur les populations civiles.

Opposer l’opposition et ses soutiens. La dernière manœuvre d’actualité, c’est de créer la zizanie au sein de la coalition de l’opposition et avec ses soutiens internationaux, intoxiquer l’opinion et la détourner…Ces intentions sont manifestes dans les révélations (sic) ces derniers temps d’une parution française qui semble être dans le secret des dieux – suivez nos regards – et qui rapporte que les billets d’avion des trois leaders de la coalition qui étaient allés rencontrer Alpha Condé à Paris la semaine surpassée ont été pris en charge par le Palais de la Marina, ou encore que l’opposition ne voudrait pas de la médiation du Ghanéen Nana Akufo-Addo, lui reprocherait sa proximité avec l’ancien ministre de l’Intérieur togolais François Boko devenu aujourd’hui avocat à Paris, et privilégierait celle  d’Alpha Condé, le sosie de Faure Gnassingbé dont le peuple réclame pourtant le départ. Assez cocasse.

Le pouvoir aura donc tout tenté, sans succès. Ayant tablé sur la lassitude des populations et donc la démobilisation des manifestations qui n’arrive pas, il renoue avec la violence. Toutes les stratégies explorées ont échoué. Mais il est loin d’avoir abdiqué. Et on est tenté de se demander : c’est quoi le prochain coup fourré ?

 

 

Tino Kossi

 

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