Au-delà du Prof Kako Nubukpo… Le manque de courage des intellectuels togolais en question  

 

 

L’actualité politique a été marquée ce week-end par le meeting du Combat pour l’alternance politique en 2015 (CAP 2015). Mais loin de la marmaille politique, un homme a fait le buzz de par son comportement, peut-être sans le savoir. Il s’agit du (jusque-là) très apprécié Professeur d’Economie Kako Nubukpo, dans son combat contre le FCFA. L’homme a fait preuve d’un surprenant rétropédalage, ravalant des propos tenus en séance publique et allant jusqu’à présenter des excuses à Faure Gnassingbé et au président ivoirien égratignés quelques jours plus tôt. Sans doute que des pressions sont passées par là. Une attitude simplement représentative de ce qu’est l’intellectuel togolais, manquant souvent de courage.

Kako Nubukpo accuse, puis s’excuse

« J’ai quitté le gouvernement parce qu’il y a un président étranger, Ouattara (Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Ndlr) qui a demandé à notre président Faure (Faure Gnassingbé, Ndlr) de me virer du gouvernement pace que je critique le FCFA ». Ce sont là les révélations choc faites le 24 mai dernier, lors d’une conférence -débat sur le thème : « le Franc CFA, une servitude volontaire », par le Prof Kako Nubukpo, très apprécié d’une partie de l’opinion, dans son combat contre le franc CFA. En clair, il affirme publiquement avoir été débarqué de l’exécutif togolais à cause des pressions du président ivoirien qui, on le sait, est un adepte du franc CFA, du moins n’est pas du combat contre cette monnaie. Faut-il le rappeler, le Professeur était ministre de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques.

Kako Nubukpo devrait avoir eu du cran pour oser tenir de pareils propos, qui plus est, en public, d’autant plus qu’il accusait ouvertement les deux dirigeants de son sort. Mais cette audace n’a tenu que quelques jours. Le Professeur est revenu quatre (04) jours plus tard sur ses propos et a surtout présenté des excuses aux personnalités incriminées. Pour parler en termes triviaux, on dira qu’il a ravalé son vomi. « Aux Présidents Faure Essozimna Gnassingbe du Togo et Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, que j’ai malencontreusement mis en cause dans les propos que j’ai tenus, je tiens à exprimer mon profond regret et je leur présente mes excuses les plus sincères », a-t-il écrit dans un communiqué rendu public ce dimanche 28 mai, rappelant au passage à ceux qui ont voulu le noyer que c’est grâce à Faure Gnassingbé qu’il est ce qu’il est aujourd’hui.

Le Professeur ne nie tout de même pas la quintessence des accusations portées contre Faure Gnassingbé et Alassane Ouattara. Cela est notoire dans ce bout de phrase de son communiqué volte-face : « (…) En particulier, dans mes propos, je faisais état d’une hypothétique requête formulée à l’endroit du Chef de l’Etat togolais par son homologue ivoirien, afin de me relever de mes fonctions ministérielles entre 2013 et 2015, suite à mes interventions critiques sur le franc CFA. Même si le traitement journalistique de mes propos me paraît fortement sujet à caution, il n’en demeure pas moins que j’ai expressément  cité leurs noms sans preuve formelle, et je le regrette profondément». Mais il a trouvé le talent de rendre responsable de ce scandale (sic) la presse qui a relayé ses propos, de même que ceux qu’il appelle des « non universitaires ». C’était visiblement plus facile pour Kako Nubukpo de charger la presse qu’il a eu le plaisir de caricaturer de « professionnels de l’amnésie » que son bienfaiteur Faure Gnassingbé dont il serait toujours conseiller économique, selon les indiscrétions. Hum…

L’intellectuel togolais et la couardise

Ce rétropédalage de Kako Nubukpo continue de triturer les méninges de ses admirateurs, des observateurs avisés et du commun des citoyens. Sans doute qu’après avoir tenu ces propos acerbes à l’encontre de Faure Gnassingbé et d’Alassane Ouattara, il s’est fait remonter les bretelles, loin des yeux ou des oreilles indiscrets, du moins s’est rendu plus tard compte de la gravité de ses propos ou s’est fait attirer l’attention sur les conséquences éventuelles de son impair, et il s’est vu obligé de faire amende honorable, pour éviter d’être coincé dans sa carrière au sein de l’organisation internationale de la francophonie,  grâce sans doute à l’appui de Lomé. Au-delà de sa personne, cette volte-face du Professeur illustre simplement le manque de courage de l’intellectuel togolais sur les questions sensibles, notamment politiques.

Dans le monde universitaire togolais, à côté de Kako Nubukpo qui, lui  au moins à le courage d’égratigner les dirigeants africains, Faure Gnassingbé y inclus, sur un sujet commun tel le FCFA, d’autres ont choisi de faire l’équilibrisme intellectuel, défendre le Prince et le pouvoir sur des questions éminemment politiques, comme celle sensible de la limitation du mandat présidentiel, du débat biaisé sur la représentativité ou non de Faure Gnassingbé à un 3e mandat en avril 2015. On pense ici notamment au Prof Dodzi Kokoroko dont les analyses et prestations très « FAUREphiles » ont fini par payer. Il est devenu le juriste chouchou du pouvoir et est l’objet de promotions tous azimuts. A côté des universitaires carrément militants du parti au pouvoir, une autre catégorie d’intellectuels, d’ailleurs la plus grande, a choisi de se taire  sur les problèmes politiques du pays.

Dans une société, qui plus est, en lutte pour sa libération, l’intellectuel a pour rôle d’ouvrir les yeux aux citoyens, d’éveiller les consciences incultes ou endormies sur les dangers, de leur faire prendre leurs responsabilités… Et ce rôle, il doit l’assumer avec courage et dignité. C’est justement ce qui a toujours manqué à l’intellectuel togolais. Sous d’autres cieux, il est loisible de voir des universitaires s’inviter sur des tribunes, débattre sur  des sujets d’intérêt national et apporter leur concours à la compréhension collective. L’illustration a été offerte par les Béninois au sujet de la réforme constitutionnelle tentée par Patrice Talon. Universitaires, juristes, intellectuels de tous ordres se sont relayés sur les plateaux télé et chaines radio pour débattre. Mais c’est à tout le contraire que l’on assiste dans les rangs de leurs collègues togolais.

Ici au 228, craignant pour leur vie, de s’attirer les foudres du pouvoir, de perdre des privilèges ou de se réduire les chances d’ascension professionnelle et sociale, la plupart ont choisi de se la boucler devant l’équation togolaise…Sur des sujets d’intérêt national et qui nécessiteraient l’apport des intellectuels pour éclairer les lanternes du commun des citoyens, ils sont carrément absents. « Moi je ne suis pas politique », « C’est l’affaire des politiques »… arguent-ils souvent, pour se débiner. Et même dans les rangs des politiques, des acteurs de la société civile et autres forces vives de la Nation, cette hypocrisie existe bel et bien. Rares sont ces opposants, « seigneurs » de la société civile et intellectuels des autres secteurs d’activités qui se font entendre lorsqu’il s’agit d’égratigner Faure Gnassingbé ou le parti au pouvoir. Si par bonheur ils acceptent parler, ils portent beaucoup de gants. A contrario, lorsqu’il est question de tirer à boulet rouge sur l’opposition ou son chef de file, leur faire des reproches et leur donner des leçons de stratégie politique, ils ne manquent jamais d’inspiration et le font à gorge déployée…

 

Tino Kossi

 

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