4 mai 2015 – 4 mai 2017: Etat des lieux à mi-parcours du mandat social de Faure Gnassingbé

 

Le 4 mai 2015, Faure Gnassingbé prêtait serment pour la quatrième fois (sic), après l’élection présidentielle du 25 avril dont la proclamation des résultats  a révélé au grand jour le gangstérisme institutionnel au Togo. Hier jeudi 4 mai 2017, cela faisait donc deux ans jour pour jour qu’il a enclenché le mandat 2015-2020 pompeusement baptisé de social. A (presque( mi-parcours, et dans un contexte de précampagne déjà amorcée pour les législatives de l’année prochaine, quel bilan peut-on établir de la mise en œuvre de cette promesse électorale ? A vue d’œil, il est aisé de constater qu’il n’est pas fameux.

Une promesse de mandat social

La campagne électorale pour le scrutin du 25 avril 2015 avait permis de savoir ce que les différents candidats comptaient faire s’ils étaient élus. Si ses opposants ont fait miroiter dans l’ensemble un Togo nouveau, l’Etat de droit, un pays plus respectueux des droits de l’Homme, des institutions fortes, une justice au service du faible, la lutte contre les crimes politiques et économiques, la fin de l’impunité, une meilleure répartition des richesses du pays, bref des promesses calquées sur les plaies de la gouvernance de Faure Gnassingbé, ce dernier, qui briguait un 3e mandat contre le gré du peuple, lui, avait vanté de pseudos « acquis économiques et politiques » de ses deux quinquennats précédents avant d’annoncer les couleurs de l’extra qu’il briguait.

Parlant d’acquis, il fut argué que le premier avait servi à consolider la démocratie, réconcilier les Togolais – hum- et le second consacré au développement des infrastructures socioéconomique. Concernant la coloration du 3e mandat, même s’il compte poursuivre la construction et la réhabilitation des infrastructures économiques, Faure Gnassingbé a surtout annoncé, avec trompette et cymbale, mettre la satisfaction des besoins des populations togolaises laissés en suspens depuis son avènement au pouvoir à cause des urgences (sic) des deux premiers, au centre de ses préoccupations. D’où l’incantation de mandat social. Cette promesse s’entend donc d’avoir un regard pour le bien-être de ses gouvernés, et Dieu sait que leurs besoins sont nombreux. Jeune Afrique, qui a des entrées faciles au palais de Lomé II, résumait ce 3e mandat, sous le titre expressif : « Ce que le discret Faure Gnassingbé a prévu de faire pour son 3e mandat », issu du dossier : «Togo : 5 ans pour tout changer», sur la base des confidences des plus proches collaborateurs de Faure Gnassingbé,

« (…) Pour les cinq années à venir, le gouvernement devra concentrer son attention sur les moyens d’améliorer les conditions de vie des Togolais et d’alléger le coût du panier de la ménagère. « Avec l’aide de la BAD, nous avons d’ores et déjà mis en place un fonds de finance inclusive doté de 12 milliards de F CFA [près de 18,3 millions d’euros] lors du dernier exercice, explique Adji Otèth Ayassor. Nous mettons des ressources dans ce fonds, qui les place dans les établissements de microfinance, lesquels les prêtent à des personnes à faible revenu, surtout aux femmes». Le gouvernement prévoit d’augmenter la dotation de ce fonds sur l’exercice 2015-2016. Les déficits en services essentiels (eau et assainissement, électricité, etc.) devraient également se réduire quelque peu, notamment grâce au projet de complexe hydroélectrique mené conjointement avec le Bénin. Pour financer ces infrastructures, le gouvernement compte sur les retombées de sa récente réforme des finances publiques, avec la création de l’Office togolais des recettes (OTR), réforme qui s’accompagne de mesures visant à l’élargissement de l’assiette fiscale. Il n’exclut pas non plus le recours aux marchés financiers et à de nouveaux partenaires tels que la Banque islamique de développement (BID). « Nous voulons montrer que tout le monde compte, que chaque Togolais bénéficie de l’attention du gouvernement », résume Cina Lawson, la ministre de l’Économie numérique, pour souligner cette volonté de « recentrage » social du nouveau quinquennat. Ce que chaque Togolais ne manquera pas de vouloir vérifier dans les mois à venir », écrivait le confrère en date du 15 décembre 2015

Etat des lieux à mi-chemin du parcours

C’est sans doute avec amertume que le commun des Togolais devrait aborder cet exercice. Le mandat 2015-2020 officiellement débuté par Faure Gnassingbé le 4 mai 2015 suite à sa quatrième prestation de serment – la première était celle qui avait suivi le coup d’Etat militaire et constitutionnel du 5 février 2005 suite à la mort d’Eyadema où les militaires lui ont confié le pouvoir et il avait promis assurer la relève et terminer le mandat de son géniteur  – n’a de social que le mot. Les besoins des populations sont restés intacts, insatisfaits, ou même se sont alourdis.

Comme dans un conte de fées, le mandat social avait débuté par la hausse des prix du bol de maïs sur le marché, un phénomène favorisé par l’Agence nationale de la sécurité alimentaire au Togo (ANSAT) qui avait savamment entrainé la raréfaction de cette denrée sur le marché. La seconde manifestation fut l’augmentation, en août 2015, des prix des produits pétroliers à la pompe, alors même que le coût du baril de pétrole était dans une tendance baissière sur le marché international. Les cris des populations et des défenseurs des droits des consommateurs et de l’Homme en général n’ont rien pu. Et lorsqu’ils ont voulu manifester leur colère, ils ont été appréhendés par la soldatesque du promoteur du mandat social. La série a malheureusement continué, après quelques baisses insignifiantes pour flouer l’opinion, malgré les cris d’alarme des populations. L’illustration d’actualité est la hausse scélérate décidée par le gouvernement le 28 février dernier. Une décision qui a suscité la colère des consommateurs et entrainé une manifestation spontanée des transporteurs. Curieusement, en face, le chantre du mandat social n’a trouvé autre réponse que d’envoyer des bidasses réprimer les manifestants et tuer l’un d’entre eux, le jeune chauffeur Alabi Nadjinoudine.

La crise à l’école togolaise aura été l’autre plaie du mandat social. C’est l’accalmie depuis un mois, mais c’est trop tôt pour conclure à la paix définitive. Les enseignants réclament une amélioration de leurs conditions de travail et de vie et ont soumis une plateforme revendicative qui reprend les doléances séculaires du corps. Mais en face, ils n’ont rencontré que l’opacité des gouvernants. Ils ont dû multiplier les mouvements de grèves, avec leurs conséquences, pour se faire entendre. C’est devant la détermination des enseignants que le gouvernement a fait des concessions pour ramener le calme dans les écoles. Mais ce n’est qu’une paix précaire, car il y a la problématique du remboursement des précomptes qui reste la pomme de discorde. Et les enseignants menacent de déterrer la hache de guerre si elle n’est pas réglée. Par-dessus tout, c’est l’avenir des millions d’élèves, bref de la jeunesse qui est en jeu.

Faure Gnassingbé n’aura rien fait contre la cherté de la vie ; les consommateurs togolais subissent la flambée des prix des biens de première nécessité sur le marché, dans l’indifférence totale de son pouvoir. La santé n’est non plus l’objet d’un regard plus attentionné des gouvernants. La situation reste catastrophique dans les hôpitaux publics, le manque de matériels n’est pas encore réglé et les pauvres populations continuent d’y mourir pour des banalités. L’eau, l’électricité, les populations n’y ont pas plus accès…

Pendant que les populations attendent que Faure Gnassingbé investisse dans la satisfaction de leurs besoins pour leur assurer le bien-être, il n’a d’yeux que pour son image à l’extérieur. C’est ainsi qu’il investit des milliards dans l’organisation des sommets dont l’utilité pour le peuple reste à démontrer. Après 5,5 milliards de FCFA gaspillés dans l’organisation du fameux sommet sur la sécurité maritime en octobre 2016, un autre tout autant budgétivore est attendu, le sommet Israël-Afrique. Pendant ce temps, son bétail électoral se meurt, saigné même pour rempli les caisses du pouvoir. Au finish, le mandat social de Faure Gnassingbé brille par une asocialité criarde…

Tino Kossi

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